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Review

Chronique Nors'Klh - La Haine Primordiale sur Les Terres Etranges

La plupart des disques que j'ai pu vous conseiller soulignaient soit un climax, soit une ambiance générale. "La Haine Primordiale" de Nors'klh a l'immense avantage de permettre de sonoriser la genèse d'une campagne.
Nors'klh a composé par ailleurs dans sa discographie un éventail de pistes grandiloquentes, avec force orchestrations de synthèses, chœurs féminins lyriques et chants growl. Il y a de quoi piocher des thèmes pour climax high fantasy, ruée de vampires baroques ou grosse apparition tentaculaire dans des ruines de l'Antarctique.

Mais "La Haine Primordiale" rentre toute cette fureur. Et marque le premier pavé d'une épopée SF nihiliste. Ici il est question de début des temps, d'une première étincelle derrière un Mur de Planck dont Dieu est absent. Il est question de témoins ancestraux qui assistent à la première explosion de matière et la marquent du sceau de la haine. Mais on retrouve la même atmosphère dans les couloirs du Vatican au début du règne du Pape Borgia, depuis le balcon du Sénateur Palpatine à Coruscant, dans les grandes avenues d'une cité policée où tout homme mène la morne existence d'un citoyen lambda, alors que quelque part, le compte-à-rebours a commencé.

Tout en tambours martiaux, en nappes symphoniques, en menaces que récitent de fétides oracles, le statu quo de Nors'klh fait prémice au désastre. Lorsque l'on débute une campagne, le choix du premier CD à passer a une importance primordiale. Pour ma campagne de Warsaw, j'avais opté pour du Ennio Morricone. Pour ma campagne "Les Epines de la Rose" (intrigues vénitiennes à Millevaux), j'avais utilisé du Paganini. Et pour ma campagne "Vidéodrone" (trash télé-réalité câblée à Millevaux), l'album "Pigs of the Roman Empire" issu de la collaboration entre les Melvins et Lustmord.

"La Haine Primordiale - Préface au Néant" fait partie de ces CDs qu'on peut idéalement placer en tout début de campagne. A vrai dire, il donne même envie d'en créer une exprès ! Intrigues de Nobilis qui placent leur pions dans le grand échiquier cosmique, Trinités massées en conclaves secrets à l'approche de 2012, Inspirés en quête de leur grand œuvre alors que le Masque gagne chaque jour du terrain.

En fait, chaque piste prise à part ressemble à l'intro atmosphérique qui précède un gros tube de heavy metal triomphant. On s'attend à tout moment à ce que ça pète dans tous les sens, riffs de guitare, vagues scélérates symphoniques, mais ça n'arrive jamais. Cette tension qui habite l'album de Nors'klh en permanence en fait l'instrument idéal du suspense, et donne aux joueurs la désagréable impression que l'apparat de leurs tenues et le grandiose des scènes qui les entoure ne sont que poudre aux yeux. L'essentiel, la "vérité", se trame ailleurs dans leur dos. Et ils seront les derniers informés de la fin de leur monde.

Pour finir, je rappellerai à quel point cet album, et c'est rare, convient pour toutes les déclinaisons du space opera. En cela je ferai le rapprochement avec deux albums de post-hardcore nuancés entre le feu et la glace, "Owsla" de Fall of Efrafa qui marque le début d'un cycle et la chute d'une civilisation, et "The Galilean Satelites" de Rosette, qui retranscrit également l'écrasante densité du vide spatial.

 

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